Cinq poèmes du recueil "Abecedarium" (mention spéciale au Prix Arthur Rimbaud 2005)
Q COMME QUITTER
Poser un pied à terre est creuser nos blessures,
Attirer l’avenir sans partance et idiot,
Ratisser l’évasion cherchée par nos chaussures,
Tronquer les vers du jour que chante le griot !
Idoine destinée : quitter chaque nuit close,
Rejoindre le soleil, l’Afrique et applaudir,
Passion, tous les détours des vies, métamorphoses
Ou tourbillons venant chauffer le devenir !
Urbanité ! Reprendre un train et puis un autre,
Rails vers les floraisons, chemins vers les jasmins
Ou les palmiers dorés et la mer qui se vautre,
Unir par le voyage en clair nos lendemains !
Brasser dans les odeurs de fruit les remontrances
Livides contre les métros et les murs gris,
Insulter une affiche, un panneau dans l’errance
Et oublier alors les trottoirs malappris,
Ras-le-bol dans la ville ou triplex en Paris !
Q COMME QUOI
Comment ? Dur de la feuille, il est sans objectif…
Oiseau de la misère, un vide d’émeri !
Mouvant comme éphémère, il demeure rétif,
Marche sur la lune avec douleur et son cri
Est de la souffrance et non du parfum festif !
Non, l’amour n’est pas joie… Son cœur est virtuel !
Tous les romans à l’eau de rose sont truffés,
? L’Amour ?
Creusés de faux espoirs, d’un calme éventuel…
On ne se voit plus que dans les cybercafés…
Mais uniquement sur le Web comme en duel !
Métalliques amours, vous n’entendez rien
Et vous ne savez rien dans vos bottes de fer,
Ne distinguez que l’imaginaire ou l’enfer…
Toute promesse est morte et dort comme un chien !
? L’Amour ?
R COMME RAVIN
Pourquoi la solitude en guise d’existence ?
Rompre son cœur c’est pour pleurer abandonner
Et alentour on voit que Femme a la distance
Certaine d’un ravin qui ne peut se donner
Il est de la brûlure en moi cet impossible
Projet de vivre un jour l’amour se suicidant
Il donne sur l’ivresse un vide trop pénible
Cruel dont le passé revient C’est évident
Et se montre un vertige en larme qui traverse
Soudain ma dépendance au néant d’une averse
R COMME RECIF
Rêver de vivre ailleurs que devant ces rivages…
Orseille, il ne sera plus tendre cet opus
Cédant à la musique aux vagues, aux ravages,
Halo de l’abandon des filles du campus !
Eh ! D’où vient cette vie d’écume, de naufrage ?
Regarde ! Sa « dame » est une ombre, un CDD,
Sans contrat de durée, sans espoir de mariage,
Rasant la jeunesse et la mob et les BD !
On ne sait plus comment revoir l’adolescence…
C’est un galet, un poids, cet âge qui nous suit,
Hâtif ! Le soleil veut la lune et dans sa danse,
Emporte avec laideur l’émoi pour de la nuit !
Rocher devient le couple et sombre sans manège
Sous l’escabeau perdu des sagesses au lit
Rimant avec paresse et cheveux dans la neige !
Oublier l’amour fou n’est alors qu’un délit !
Comment se destiner à l’amour qui s’enterre ?
Homme, femme, voyez toutes ces occasions
Et ces moments très forts de vie sans commentaire,
Roulés dans la senteur des flots de la passion !
S COMME SEDUCTEUR
Demain ! Demain ! Ce jour ! Je te prendrai Charmante !
Il faut avant ce jour être à la mode, être in,
Savoir t’écrire un mot sorti de l’imprimante,
Coucher sur du papier A4 ton corps clean !
Oublier la télé : telle est notre devise !
Ultime DVD… J’éteins
Rolls, conforts, canapés ! Pour tes yeux, je m’avise,
Sérieux, de partir avec toi en VTT !
Souvent, ma vie serpente et je suis un débile !
Enclume, je suis lourd quand je veux la sono
Déjà pour brailler des chansons ! Sur ton mobile,
Une sonnerie coule en ton cœur parano !
C’est ma voix qui t’appelle en la tête et qui chute,
Terrible, vers ta gauche oreille… Un coup de bol !
Et tu me reçois cinq sur cinq, à deux minutes
Urbaines de mon vain désir de sex-symbol !
Regarde ! Mon visage est ce rétroviseur !
